mercredi 19 mars 2008

Indiana Jones (1981-1989)

« Mon coeur s’est mis à battre dès que j’ai entendu l’histoire que m’a lue George Lucas, en mai 1977, à Hawaï où nous étions en vacances, se souvient Steven Spielberg. A cette époque, il avait voulu prendre un peu de distance avec la sortie de « La Guerre des étoiles » et il nous avait demandé, à ma girl-friend et à moi, de venir passer quelques jours avec lui. Et là, il m’a raconté cette histoire à laquelle il avait pensé pendant des années. En l’écoutant, je me suis dit : « Mon Dieu, c’est merveilleux... » C’était une sacrée bonne histoire, et c’est ça qui, en premier lieu, m’a attiré. J’aimais cette idée de faire un film qui ressemble aux vieilles séries B faites par Republic, ces histoires dans lesquelles le sol se dérobe soudain sous les pieds du héros et où l’on s’aperçoit après qu’il a juste eu le temps de se rattraper ! J’aimais cette espèce d’hommage aux séries de la Republic comme « Zorro », « Sheena », « In the Navy », qu’on tournait alors par dizaines... »

George Lucas vient de raconter à son ami les aventures d’Indiana Smith, archéologue play-boy à la Cary Grant, vivant à Manhattan et partant à l’occasion à la recherche de trésors. Cette idée avait germé dans son esprit entre « American Graffiti » et « La Guerre des étoiles ». Il avait rédigé trois synopsis mais dut les laisser de côté pour s’envoler dans l’espace et combattre l’Empire. Après la victoire de l’Alliance, il travaille avec Philip Kaufman sur une ébauche de scénario, située dès le départ en 1936. Mais le futur réalisateur de « L’Etoffe des héros » quitte le projet pour mettre en scène « Les Seigneurs » (avec Karen Allen). Sur les conseils de Spielberg, Lucas confie alors à Lawrence Kasdan le soin d’écrire le scénario.

La première mouture des « Aventuriers de l’Arche perdue » est prête en août 1978. Sans même la lire, Lucas engage Kasdan pour écrire « L’Empire contre-attaque », qui allait s’avérer une entreprise difficile à mener à bien. En janvier 1979, les trois hommes se réunissent à Los Angeles. « George avait vingt idées, moi dix, Larry huit. A nous trois, ça donne trente et une scènes », se souvient Spielberg. Lucas divise le scénario en soixante scènes, chacune de deux pages, et donne sa conception de la construction : « C’est un film en forme de feuilleton. C’est aussi, fondamentalement, un morceau d’action. Nous voulons que les choses restent espacées et, en même temps, construire la tension. »

Un universitaire héroïque

Lucas insiste sur le fait que le film se jouera sans clin d’oeil : le public ne doit pas rire du film mais grâce à lui. Une démarche qu’il avait adoptée pour les deux premiers « Star Wars ». De ce fait, le personnage d’Indiana Jones doit devenir attachant aux yeux des spectateurs. Lucas abandonne le côté dandy et fait de Jones un archéologue hors-la-loi, souvent assimilable à un pilleur de tombes. Cependant, précise-t-il, « il doit être quelqu’un que nous pouvons regarder en face. Nous fabriquons un modèle pour les jeunes gosses, aussi devons-nous faire attention. Nous avons besoin de quelqu’un qui soit honnête, vrai et confiant. » Il appartient en fait à la même famille que Han Solo, le contrebandier gouailleur et téméraire de « La Guerre des étoiles ».

Dans quelle mesure Lucas a-t-il mis de lui-même dans l’archéologue? « Indiana » est déjà le nom de son propre chien (« un monstre gris et blanc », selon Spielberg). Et pour Charles Champlin, l’un de ses biographes, « beaucoup d’aspects d’Indy aussi bien que d’autres anticonformistes tels que Han Solo et quelques-uns des personnages d’« American Graffiti », représentent un alter ego pour George Lucas. Indy est aventurier par amour, pas pour le gain en tant que tel, pour l’amour de faire des découvertes sur les civilisations anciennes. Indy aime combattre les méchants, il a l’amour de l’Histoire, du passé, l’amour de la chose bien faite, l’espièglerie, l’indépendance, le non-conformisme. »

Steven Spielberg veut insister sur la dualité du personnage, à la fois universitaire et aventurier (un peu comme Clint Eastwood dans « La Sanction » de 1975). Le look d’Indiana Jones lui a été inspiré par Humphrey Bogart dans « Le Trésor de la Sierra Madre » de John Huston (1947) : coiffé d’un chapeau, débraillé et mal rasé, avec un revolver à la ceinture... Il y voyait aussi un peu de l’Errol Flynn des « Aventures de Don Juan » de Vincent Sherman (1949).

Pour Harrison Ford, Jones « est un archéologue ; il enseigne l’archéologie. Mais c’est aussi un aventurier qui ignore les contraintes inhérentes au monde universitaire. C’est un héros d’épopée, de romans de cape et d’épée, mais il est en même temps vulnérable, parce qu’il est humain : il n’est pas à l’abri de la peur ou des problèmes d’argent. Il enseigne, mais je ne le décrirais pas comme un intellectuel pur et dur. Il accomplit des actions héroïques, il est brave, mais ce n’est pas un héros. Il traverse le monde et les événements avec son fouet, en tentant d’y mettre un peu d’ordre et voilà tout. »

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Harrison Ford n’est pas le premier choix du tandem. Lucas ne veut pas d’un acteur déjà apparu dans ses productions précédentes et pense à un certain Tom Selleck. Encore inconnu, l’Américain vient de signer avec CBS pour être la vedette de la série « Magnum ». Mais une grève des acteurs à Hollywood retarde considérablement le tournage, empêchant Selleck d’être disponible à temps. Neuf ans plus tard, Steven Spielberg concluera :

« Je suis sûr que Tom Selleck aurait été un Indiana Jones parfait, je n’ai aucun doute là-dessus. C’était avant qu’il soit connu et je pense qu’il aurait créé une forte impression et que le film aurait aussi bien marché qu’avec Harrison Ford. Mais Harrison a apporté au personnage quelque chose qui n’était pas prévu, un petit côté mordant, un certain cynisme qui ont fait l’Indiana Jones que tout le monde connaît aujourd’hui. Tom aurait certainement eu un peu plus d’innocence, un peu moins de roublardise... Tom n’aurait jamais pu piller des tombes, Harrison oui ! »


« Les Aventuriers de l’Arche perdue » (1981)

Une fois le personnage cerné, il est décidé de l’envoyer à la recherche de l’Arche d’Alliance contenant les Dix Commandements, pour le compte des services secrets américains. Accompagné par Marion Ravenwood, un ancien amour propriétaire d’un bar au fin fond du Népal, Indiana Jones doit prendre de vitesse l’archéologue français Belloq, à la solde des Nazis, dans le désert égyptien. Tout le côté mystique du scénario est dû à George Lucas, qui avait déjà intégré des références religieuses dans les deux premiers « Star Wars » (la philosophie de Yoda, par exemple, est d’origine bouddhiste).

Le tournage des « Aventuriers de l’Arche perdue » (Raiders of the lost Ark) débute le 23 juin 1980, à La Rochelle, plus précisément dans le port de La Pallice. Là sont filmées les scènes où Indy et Marion s’embarquent sur un cargo (un navire égyptien que l’équipe trouve in extremis dans un port irlandais) et où le sous-marin allemand arrive dans l’île à la fin du film (à La Pallice se trouve encore une base sous-marine construite par les Nazis en 1942 ; le sous-marin provenait du film allemand « Le Bateau », tourné au même endroit juste avant).

Les séquences égyptiennes sont tournées en Tunisie, où les cascadeurs font un travail remarquable, notamment dans la scène désormais mythique de la poursuite en camion, tournée par Micky Moore (Harrison Ford est doublé dans cette scène par Terry Leonard). L’un des gags les plus drôles du film est ce moment où Indy tue d’un simple coup de revolver un virtuose du sabre, en plein marché du Caire. Il est à l’origine prévu qu’il se batte contre lui, mais Harrison Ford, plié en deux par une attaque de dysenterie, n’est pas en état pour tourner cette séquence d’action. Cette solution abrupte est donc trouvée.

Un grand soin est apporté à la séquence d’ouverture dans le temple Ovitos (tournée à Hawaï), qui à elle seule est un hommage à toute une tradition de culture populaire (serials, bandes dessinées...). « Il faut qu’elle ait l’air de continuer pendant un tiers du film, préconise George Lucas, puis donner au public une chance de repos avant que nous le frappions avec le suspens suivant. » C’est Spielberg qui a l’idée de la boule géante poursuivant Indiana Jones. Construite en fibre de verre, elle pese quand même cent cinquante kilos et Harrison Ford doit tourner cette scène dix fois de suite !


ILM (Industrial Light and Magic), la société d’effets spéciaux de George Lucas, est mise à contribution et pas seulement pour la séquence finale de la « Colère de Dieu ». Le simple fait de voir Indiana Jones prendre un Pan Am China Clipper pour se rendre au Népal pose problème. Plus aucun de ces hydravions n’est disponible (la plupart s’étaient écrasés !). Le seul modèle qu’ILM trouve a trop de trous pour pouvoir flotter... Il faut donc recourir à des trucages : filmer sur terre l’appareil et les passagers en train d’embarquer et intégrer l’image dans une matte painting (peinture sur verre) représentant le décor.

Aux côtés d’Harrison Ford se trouve la talentueuse Karen Allen, issue de l’« Actor’s Studio ». « Nous avons joué sur cette faim de sexe dans le regard, atténuée par un sourire merveilleux, explique Spielberg. Car au fond, son personnage de Marion Ravenhood est une gamine farceuse qui a toujours rêvé d’être un garçon. » Paul Freeman incarne à la perfection le mielleux et redoutable Belloq. Pourtant, le cinéaste aurait voulu pour le rôle... Jacques Dutronc ! « S’il avait su ne serait-ce que se débrouiller en anglais, il aurait eu le rôle. (...) C’est pour moi le premier acteur au monde et je le tiens pour une véritable star. »

Si aujourd’hui, Indiana Jones fait partie de l’Histoire du Cinéma, le succès du film à l’époque était loin d’être assuré. Lucas considérait « Les Aventuriers de l’Arche perdue » comme une série B et non comme une prestigieuse production hollywoodienne. Le public allait-il accrocher à cette histoire de quête divine se déroulant dans les années trente, après les « Star Wars » et les « Superman » ? Le film fait finalement un triomphe à travers le monde et reçoit quatre Oscars (montage, décors, son, effets visuels).


« Indiana Jones et le temple maudit » (1984)

Dès le départ, le prolifique duo avait décidé de faire une trilogie (à condition que le premier film marche). Lucas confie le scénario de « Indiana Jones and the temple of death » à ses amis Willard Huyck et Gloria Katz, qui avaient déjà écrit pour lui « American Graffiti » (1973) et participé aux dialogues de « Star Wars » (1977).

Après l’Afrique, Indiana Jones découvre l’Asie. Accompagné d’un jeune Chinois et d’une chanteuse de cabaret, il recherche les pierres magiques d’un village indien et trouve sur son chemin des adorateurs de la déesse Kâli, pratiquant l’esclavage et les sacrifices humains.

« George Lucas souhaitait que le film soit aussi « sombre » que « L’empire contre-attaque » l’était par rapport à la « Guerre des étoiles », explique Spielberg. Donc, « Le Temple maudit » fut en quelque sorte une aventure au pays de la magie noire, et parfois, le tournage était éprouvant en raison du sujet, inquiétant et maléfique. Des enfants transformés en esclaves et des hommes en zombies, c’était à la fois sinistre et effrayant. Le décor même du Temple nous donnait des frissons dans le dos, aux techniciens et à moi-même ! C’était un peu comme « L’Exorciste » rencontre « Les Aventuriers de l’Arche perdue » ! »

A tel point qu’aux Etats-Unis, « Indiana Jones and the temple of doom » (le titre ayant changé pour ne pas trop effrayer les gens !) est classé « P.G. » (Parental Guidance), interdisant l’accès aux enfants non accompagnés. Il est vrai que certaines séquences comme celle du coeur arraché à mains nues ont de quoi choquer. Cette déviation du film est d’autant plus surprenante pour le public que la scène d’ouverture est très distrayante. Dans un night-club de Shanghaï, Indiana Jones provoque une bagarre pour récupérer un diamant et un antidote. De nombreuses références cinématographiques (aux comédies musicales, à « Goldfinger », à « La Guerre des étoiles »...) émaillent ce morceau d’anthologie haut en couleurs.

Cinq ans plus tard, Spielberg semble regretter d’avoir réalisé le film. « Sur « Le Temple maudit », je n’étais vraiment qu’un réalisateur dont on avait loué les services. Je n’aimais pas l’histoire mais je ne me suis pas battu avec George alors que j’aurais dû. Je n’aimais pas le scénario mais je l’ai accepté sans discuter. J’ai fait mon travail de metteur en scène. Pas plus. »

Le film, tourné au Sri Lanka et à Macao, a quand même d’énormes qualités. Les séquences d’action, notamment, sont extrêmement spectaculaires. Le pont suspendu, la poursuite en wagonnets (tournée avec des miniatures) et l’inondation de la mine sont autant de morceaux de bravoure, désormais devenus des classiques.


« Nous avons essayé de maintenir d’un bout à l’autre du film une impression de danger, sans craindre même l’exagération, explique Dennis Muren, le responsable des effets spéciaux. Par exemple, avant la rupture du pont, on a l’impression que les personnages se trouvent à une soixantaine de mètres au-dessus de l’eau. Après la rupture du pont, lorsqu’Indiana Jones est suspendu contre la falaise, on a l’impression qu’il est à plus de cent cinquante mètres au-dessus de l’eau. (...) Cette menace toujours accrue du danger est l’une des choses que nous avons tenté de ne jamais oublier dans notre travail. Je ne crois pas que le principe avait été suivi aussi consciemment pour le premier film. »

Plusieurs films inspirent directement Spielberg et les scénaristes. On retiendra « Gunga Din » de George Stevens (1939) pour la scène de cérémonie dans le temple Thug. Et « Hong Kong » de Lewis Foster (1951), où Ronald Reagan (Stetson et blouson de cuir) tente de s’approprier un trésor en compagnie d’une femme et d’un enfant chinois.

Kate Capshaw, qui allait devenir plus tard Madame Spielberg, joue le rôle de Willie Scott, insupportable « artiste » de cabaret vénale et prétentieuse ; Ke Huy Quan est « Demi-Lune » (Short-Round dans la v.o.), un Chinois orphelin recueilli par Indiana Jones. Remarquons aussi l’apparition surprise de Dan Ackroyd (« The Blues Brothers », « SOS Fantômes »...) au début du film, à l’aéroport de Shanghaï.

« Indiana Jones et le Temple maudit » est un gigantesque succès, provoquant de multiples sous-produits (« Allan Quatermain et les mines du roi Salomon », « Les Aventuriers du Cobra d’or »...). Spielberg et Lucas semblent avoir réinventé le film d’action et d’aventures. Ne lit-on pas sur l’affiche française, « Depuis « Les Aventuriers de l’Arche perdue », l’Aventure a un nom : Indiana Jones » ?


Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989)

Pour la troisième tranche de vie d’Indiana Jones, Steven Spielberg veut cette fois avoir sa part de création dans le scénario. Une première histoire est écrite par Chris Columbus (« Gremlins », « Le Secret de la pyramide », « Les Goonies »), qui se déroule en Afrique et s’inspire de la légende chinoise du Roi des Singes. Mais, déplore le cinéaste, cela « ressemblait trop à un « Indiana Jones » normal. C’était inventif, intelligent et drôle, mais il n’avait rien de spécial. C’était d’ailleurs la même chose avec les deux autres scripts qui étaient écrits et dont l’action se déroulait en Australie pour l’un et en Chine pour l’autre. Aucun d’eux ne m’excitait vraiment, c’étaient juste des épisodes en plus. »

Spielberg a alors l’idée de donner un père à son héros (peut-être parce que lui-même l’était devenu depuis peu...). Jeffrey Boam (« Brisco County », « L’Arme fatale 2 & 3 ») plancha sur l’idée et invente Henry Jones, professeur de littérature médiévale et spécialiste du Saint-Graal. Un rat de bibliothèque qui a certes enseigné beaucoup de choses à son fils, mais en est l’opposé.

« Je me disais, explique Spielberg, que ce serait intéressant et original que, dans un « serial » comme « Indiana Jones », le plus grand défi lancé au héros soit non pas une fosse remplie de piques ou une pièce pleine de serpents ou une voiture bourrée d’explosifs, mais son propre père. J’ai dit à George : « Il y aura toujours l’action, l’aventure, la chasse au trésor, mais ce sera surtout la réconciliation d’un père et de son fils. » »

Spielberg a tout de suite pensé à Sean Connery pour le rôle, un choix qui ne manque pas, à la sortie du film, de provoquer de (vaines) comparaisons entre Indiana Jones et James Bond... L’histoire envoie Indiana Jones sur les traces de la coupe du Graal en Italie, en Allemagne et dans la république (fictive) d’Hatay. Les relations père-fils sont pour beaucoup dans le plaisir que procure le film, leur opposition étant des plus drôle.


Le 16 mai 1988, le tournage de « Indiana Jones et la Dernière Croisade » (Indiana Jones and the last crusade) démarre dans le désert d’Almeria, en Espagne. Il s’agit de tourner la scène du tank (tout d’abord « storyboardée » sous la direction de Spielberg), réglée par le cascadeur Vic Armstrong. « La cascade la plus compliquée était un passage d’un cheval sur l’arrière d’un tank de la première guerre mondiale, le tout à grande vitesse. Le cheval galopait sur un talus, quatre mètres au-dessus du tank qui avançait parallèlement sur la route. Indy était censé bondir et atterrir entre les chenillettes, sur le tank, dans une certaine position, les mains en avant, le visage vers le bas, de sorte qu’ils puissent raccorder sur Harrison à partir de là. Techniquement, c’était plutôt difficile. »

L’équipe part ensuite pour Venise, tourner notamment une scène de poursuite en bateaux... que Spielberg abrége à cause de ses réticences à travailler sur l’eau (depuis ses mésaventures sur le tournage des « Dents de la mer »). C’est ensuite la Jordanie et le site de Petra, une nécropole creusée et sculptée dans le grès au début de l’ère chrétienne. Trois semaines après la fin du tournage, Spielberg met en scène la séquence d’ouverture montrant un jeune Indiana en 1912. River Phoenix, qui avait été le fils d’Harrison Ford dans « Mosquito Coast » de Peter Weir (1986), joue le rôle du futur archéologue, dans sa toute première aventure. L’occasion d’expliquer les origines de sa cicatrice au menton, de sa peur des serpents, du chapeau et du fouet. A l’origine, pourtant, le scénario prévoyait une scène où Indy cambriolait une banque tenue par des desperados. « Mais une fois le script terminé, ça m’est apparu comme une erreur, explique Spielberg : cette séquence avait tellement peu de rapport avec le reste qu’elle avait l’air de venir d’un autre film ! »

Denholm Elliott et John Rhys-Davies reprennent les rôles de Marcus Brody et de Sallah, du premier film. Alison Doody, une ex-James Bond Girl (dans « Dangereusement Vôtre ») est l’ambitieuse Elsa Schneider. Et Julian Glover incarne Walter Donovan, après le Général Veers dans « L’empire contre attaque » et Kristatos dans « Rien que pour vos yeux ».

A la sortie du film, Spielberg répète sur tous les tons que la page est tournée. « George et moi cherchons à explorer un autre concept qu’Indiana Jones. On a rangé son fouet, son chapeau, sa réputation et nous sommes partis devant pour explorer de nouveaux territoires... ». Une série télévisée (« Les Aventures du jeune Indiana Jones ») et un quatrième film plus tard (« Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal »), Indiana Jones se porte bien...

[Texte écrit en 1997 pour un livre consacré à la série des "Aventres du jeune Indiana Jones", prévu pour être publié par les éditions DLM mais jamais édité]


[sources : « Première » n°54 et n°114, « Starfix » n°19, « Studio » n°31, « Lucasfilm Fan Club » n°7 et 8, « Lucasfilm Magazine » n°6, « George Lucas, l’homme qui a fait « La guerre des étoiles » » de Dale Pollock (Hachette, 1983)]

Belmondo… et Delon dans « Ho ! » (1968)

Le 15 mars 1969, « France-Soir » annonce que Jean-Paul Belmondo et Alain Delon vont tourner un film ensemble. Il s’agit, bien sûr, de « Borsalino », même si ni le titre ni le sujet ne sont divulgués. Après s’être donnés la réplique dans « Sois belle et tais-toi » en 1957 et s’être retrouvés dans un plan de « Paris brûle-t-il ? » en 1966, les deux stars du cinéma français vont donc enfin partager le haut de l’affiche. Mais le quotidien donne cette information incroyable :
« Récemment, Alain a joué, pour faire plaisir à Jean-Paul, le rôle d’un figurant dans « Ho ! » : on le voyait quitter l’aéroport d’Orly, tandis que la voiture de Belmondo manquait de l’écraser. » Et en effet, Alain Delon fait bien cette apparition à la 48ème minute du film de Robert Enrico (avec qui il venait de tourner « Les Aventuriers »).





Delon a fait plusieurs cameos dans sa carrière (« Carambolages » (1963), « Il était une fois un flic » (1971) et « Fantasia chez les ploucs » (1971)), mais celui de « Ho ! » n’est jamais mentionné dans sa filmographie…




Marco Polo (1962-inachevé)


En 1957, Raoul Lévy, producteur des premiers films avec Brigitte Bardot, a un rêve : faire un film sur la vie de Marco Polo. Le voyageur vénitien a décrit ses voyages en Asie dans « Le Livre des Merveilles du Monde », qui pourrait donner lieu à une superproduction. En juillet 1960, il annonce que la réalisation est confiée à Christian-Jaque (« Fanfan la Tulipe »). Aussitôt, plusieurs projets sur Marco Polo sont mis en chantier des deux côtés de l’Atlantique, au grand dam de Lévy.

Début 1961, il dévoile son casting : Alain Delon incarnera le personnage. Six ou sept mois de tournage sont prévus en Turquie, en Iran, en Inde, au Pakistan, au Vietnam et à Hong Kong, pays dans lesquels Christian-Jaque est parti faire des repérages. « C’est un film de la même dimension que « Ben-Hur » ou « Spartacus », une fresque à grand spectacle à travers l’Asie », affirme Raoul Lévy.

Le tournage ne débute que le 2 janvier 1962 en Yougoslavie, dans les studios de Belgrade. Aux côtés de Delon se trouvent Dorothy Dandridge (« Carmen
Jones »), Grégoire Aslan, Michel Simon, Bernard Blier, Mel Ferrer, Douglas Wilmer et Robert Dalban. Christian-Jaque travaille d’arrache-pied à la séquence d’ouverture, qui est extrêmement spectaculaire, comme s’en souvient le cascadeur Yvan Chiffre (doublure d’Alain Delon) :

« Une gigantesque partie d’échecs où les pions sont figurés par des personnages vivants, les pièces par de véritables cavaliers, et le roi par un cornac juché sur un éléphant. Delon et son adversaire (Grégoire Aslan) sont face à face dans des tours géantes, au-dessus d’un échiquier géant ; nous autres devons faire avancer les chevaux au gré de la partie. »

La scène, qui doit durer huit minutes, va demander plus d’un mois de tournage et coûter huit millions de francs (l’équivalent de trois films). Lévy achète une double-page dans « Le Film Français » du 23 février 1962 ; on y voit une grande photo de l’échiquier et un bandeau en forme d’aveu :
« SEQUENCE TERMINEE ».

Lévy se retrouve vite avec un gros problème de fonds. Parti aux Etats-Unis montrer la séquence de l’échiquier aux pontes de la Columbia, dans l’espoir de les associer au financement, il revient bredouille. Les caisses sont vides. Il tente, par de nombreux communiqués dans le « Film Français », de rassurer la profession et d’intéresser d’éventuels investisseurs, alors que les techniciens ne sont même plus payés.

A Venise, où Alain Delon doit courir sur les toits et Michel Simon se faire décapiter place Saint-Marc, rien n’est tourné, faute de moyens. Raoul Lévy doit même de l’argent à l’hôtel Danieli ! Le 9 mars, il annonce en fanfare dans la presse : « Après « Les Canons de Navarone » et « Lawrence d’Arabie », Anthony Quinn à la tête de 200 éléphants, sera Nayam, le chef rebelle mongol dans « Marco Polo » ». Mais le film est déjà arrêté et Alain Delon a quitté le navire.

En 1964, Raoul Lévy remontera le projet et le mènera à terme. « La Fabuleuse Aventure de Marco Polo » (intitulé « L’Echiquier de Dieu » pendant le tournage) sera réalisé par Denys de la Patellière et interprété par Horst Bucholz et Anthony Quinn.

(sources : interview télévisée de Raoul Lévy, 30 janvier 1961 / « A l’ombre des stars » d’Yvan Chiffre, éd. Denoël, 1992 / « Raoul Lévy, un aventurier du cinéma » de Jean-Dominique Bauby, éd. JC Lattès, 1995)

Les Oies Sauvages (1978)


L’homme à l’origine des « Oies Sauvages » s’appelle Euan Lloyd. Né en 1923, il a débuté avec de grands producteurs comme Carl Foreman (« Les Canons de Navarone ») ou Albert Broccoli (les James Bond) avant de devenir lui-même producteur : « Gengis Kahn » (1965), « Opération Opium » (1966), « Shalako » (1968), « Catlow » (1971), etc.

En 1975, Lloyd produit « Paper Tiger », un film d’aventures modernes tourné en Malaisie avec David Niven. Un premier pas vers le genre de productions dont il rêve. Quelques années auparavant, il avait confié à son ami Scott Finch, acteur et producteur, son désir de produire un film d’action spectaculaire. Connaissant le goût de ce dernier pour les romans d’aventures, il lui avait demandé de lui indiquer les plus intéressants.

Cette année-là, Lloyd reçoit un coup de téléphone de Finch de Rhodésie, où il tourne « Un risque à courir » de Peter Collinson avec Anthony Quinn. L’un des scénaristes (non crédité) s’appelle Daniel Carney. Il tente de réussir en tant que romancier (l’un de ses livres a d’ailleurs été adapté à l’écran à cette époque, sous le titre de « Albino ») mais son dernier manuscrit, « The Thin White Line », vient d’être rejeté par son agent, qui le trouve trop violent. Carney parle à Finch de cette histoire de mercenaires envoyés en Afrique pour récupérer un dirigeant emprisonné et lui propose de la lire.

Enthousiasmé, Scott Finch rentre à Londres avec le livre dans ses bagages et le fait lire à son tour à Euan Lloyd, qui voit tout de suite ce qu’il peut en tirer pour le cinéma. Il se rend en Californie et contacte Oscar Distell, président de la maison d’édition Bantam Books, lequel veut immédiatement publier le roman de Carney. Lloyd négocie un contrat de 50 000 dollars au nom de l’auteur (qu’il n’a pourtant jamais vu) et part ensuite pour le Zimbabwe pour rencontrer ce dernier. A l’issue de l’obtention des droits cinématographiques de son histoire, le producteur lui présente le contrat de Bantam Books. Carney est aux anges.



Un casting d’exception

Euan Lloyd crée la Varius Entertainment Trading A.G. et, changeant le titre du roman original, lance la production des « Oies Sauvages » (The Wild Geese). Il engage Reginald Rose, le scénariste de « Douze Hommes en Colère », pour écrire l’adaptation, tandis qu’il se met à la recherche d’un casting d’exception.

Très vite, il parvient à intéresser Richard Burton et Burt Lancaster pour les rôles respectifs de Allen Faulkner et Rafer Janders. Récemment (re)divorcé d’Elizabeth Taylor, Burton a vécu une traversée du désert mais le battage médiatique autour de « L’Exorciste II : l’Hérétique » de John Boorman l’a remis sur les rails. Agé de soixante-cinq ans, Lancaster n’a pas tourné de film d’action depuis « Scorpio » de Michael Winner (1973), et s’est offert quelques « vacances » chez Visconti et Bertolucci.

Mais un problème se pose : Lancaster veut tirer la couverture à lui et faire de Janders le personnage principal. Après d’âpres discussions, Euan Lloyd décide de le remplacer par Richard Harris. L’acteur anglais est alors très populaire et ne renâcle pas à l’idée de tourner des films d’action. Après « Terreur sur le Britannic » de Richard Lester (1974) et « Le Pont de Cassandra » de George Pan Cosmatos (1977), « Les Oies Sauvages » va constituer le dernier volet d’une trilogie exceptionnelle « made in England ».

Le choix d’Hardy Kruger pour le rôle de l’Afrikaner Pieter Coetze (participant à cette opération pour revenir chez lui) est très intéressant puisqu’il éprouve une grande passion pour l’Afrique. En effet, Kruger est tombé amoureux du continent lors du tournage d’« Hatari ! » d’Henry Hathway (1962) et s’est même installé en Tanzanie, où il a acheté une terre sur laquelle toute chasse est interdite. « Au fin fond de ma Tanzanie, j'oublie l'Europe. Ses guerres ou ses obsessions. (…) Quelquefois on me fait savoir qu'on a pensé à moi pour un rôle d'homme déséquilibré, troublé, compliqué, différent. Moi qui suis gai, sain, équilibré ! J'accepte. Le cinéma est le seul métier que je connaisse. Il me permet de nourrir mes cochons, mes poules, mon bébé de six mois, ma femme, de cultiver mes papayes, mes bananiers, d'aller camper seul pendant huit jours, si j'en ai envie. »


Un peu d’humour grâce à Roger Moore

Devenu James Bond depuis 1973 avec « Vivre et Laisser Mourir », Roger Moore tente de profiter de son nouveau statut pour tourner des films, lui qui n’était jusqu’à présent qu’une vedette de télévision. Entre deux aventures de 007, donc, Moore apparaît dans des productions pas toujours convaincantes, comme « Le Veinard » de Christopher Miles (1975), « Parole d’homme » de Peter Hunt (1976) ou « L’Exécuteur » de Maurizio Lucidi (1976). Sa rencontre avec Euan Lloyd va assurément compter dans sa carrière.

Lorsque le producteur lui propose « Les Oies Sauvages », cependant, l’acteur refuse. Il vient de terminer « L’espion qui m’aimait » (son meilleur Bond, selon lui) et aspire à quelque chose de différent. Mais Lloyd est convaincu qu’il est le bon choix pour le rôle de Shawn Fynn, surtout depuis que le scénariste Reginald Rose lui a décrit le personnage avec l’allure et le comportement de Roger Moore ! Lloyd voit en lui le moyen d’intégrer une certaine dose d’humour dans un film violent et parfois dramatique.

Moore va surtout être motivé par le casting. Richard Burton est pour lui un très grand acteur et il a suivi avec intérêt sa carrière. « Il était fascinant à regarder. Il savait très bien comment jouer pour l’écran et comment utiliser la caméra. C’était un vrai cours magistral. » Il est également très ému à l’idée de partager sinon une scène, en tout cas l’affiche avec Stewart Granger (Sir Edward Matherson, le commanditaire), qui n’est rien d’autre que le héros de son enfance. Moore avait d’ailleurs commencé sa carrière en faisant de la figuration dans un de ses films, « César et Cléopâtre » en 1945.

Le reste du casting est composé de figures familières du cinéma britannique : John Alderson, le garde du corps du jeune caïd, avait déjà croisé Roger Moore sur l’épisode de « Amicalement Vôtre », « Un ami d’enfance » ; Valerie Leon, qui joue la première croupière au casino, a joué dans deux James Bond, « L’espion qui m’aimait » avec Roger Moore et « Jamais Plus Jamais » avec Sean Connery ; Barry Foster, le secrétaire de Sir Edward Matherson, incarnait l’étrangleur de femmes de « Frenzy » d’Alfred Hitchcock (1972) ; avec son rôle de prêtre fort en gueule révolté par la présence de mercenaires occidentaux, Frank Finlay interprète un personnage à l’opposé de celui qu’il incarnait dans « Shaft Contre les Trafiquants d’Hommes » (1973), un esclavagiste recrutant des Africains.

L’Homme de l’Ouest

Euan Lloyd n’engage pas un réalisateur britannique comme Guy Hamilton ou Peter Collinson, mais un Américain, Andrew V. McLaglen. Fils de l’acteur Victor McLaglen, il a surtout tourné des westerns, notamment avec John Wayne (« Chisum », « Les Géants de l’Ouest », etc.), et « Les Oies Sauvages » représente pour lui un nouveau défi. Il se rend à Londres l’été 1977 et rencontre Roger Moore, dès son arrivée à l’aéroport d’Heathrow. L’acteur lui propose de dîner avec lui le soir même afin de faire connaissance, comme s’en souvient le réalisateur : « Je l’ai trouvé extrêmement intelligent et très bien informé autant sur le milieu du cinéma que sur ce qui se passait d’important dans le monde. Par-dessus tout, il avait un sens de l’humour sans limites. » Avant de le quitter, Moore lui remet une pièce commémorative des vingt-cinq ans de règne d’Elizabeth II comme porte-bonheur. Elle ne l’a plus quitté depuis.

Babouins et sobriété

Le tournage commence à l’automne en Afrique du Sud, à Tshipise dans la province du Transvaal, au nord du pays. L’équipe est logée dans un camp de vacances du gouvernement, près d’une source d’eau chaude aux vertus thérapeutiques. Il n’est pas rare que tout le monde soit réveillé de bonne heure par un raid à très basse altitude de l’armée de l’air sud-africaine, qui constitue, selon la population noire, « une démonstration du pouvoir blanc ».

D’autres problèmes viennent de la présence de babouins autour du camp. La nuit, un gardien est chargé de les empêcher de s’introduire dans les huttes où dorment acteurs et techniciens en tirant des coups de feu pour les effrayer. Un matin, Richard Burton a la mauvaise surprise, en se réveillant, de voir au-dessus de lui un babouin l’observer à travers le toit de paille. L’acteur s’échappe à une vitesse qu’il ne croyait pas possible d’atteindre et va raconter cet incident à Andrew McLaglen. Roger Moore, qui a bien arrosé la veille son anniversaire, arrive derrière lui et lui dit : « Marrant que tu dises ça mon vieux, moi ce matin, j’ai vu des éléphants roses. »

La préoccupation première de Euan Lloyd est de s’assurer que ni Richard Burton ni Richard Harris ne soient fidèles à leur réputation de buveur pendant le tournage. Le premier semble cependant avoir tourné la page et démarré une nouvelle vie, grâce notamment à son épouse Susan Hunt. Quant à Harris, les médecins l’ont convaincu d’arrêter de boire en lui expliquant que sa vie pourrait être en danger. La présence de sa femme, l’actrice Ann Turkel, l’aide à tenir le coup. Lloyd, cependant, préfère prendre ses précautions. « J’ai dû l’obliger à ne pas boire et j’ai obtenu son accord que s’il le faisait, il perdrait tout son
salaire. »

Le tournage se déroule dans une totale sobriété et les relations entre les quatre stars sont au beau fixe. « Burton et Harris étaient de très bons compagnons de travail » se souvient Roger Moore, « toujours à plaisanter et à se mêler aux techniciens -les acteurs et l’équipe formaient une grande et heureuse famille sur ce film. C’étaient de vraies stars ! »




Action !

Les scènes d’action sont principalement dévolues au réalisateur de seconde équipe John Glen, qui s’est particulièrement distingué à ce poste sur deux James Bond, « Au Service Secret de sa Majesté » (1969) et « L’espion qui m’aimait » (1977), qu’il a aussi montés. Glen est imposé à Andrew McLaglen par Lloyd, qui a travaillé avec lui sur « Catlow » (1971). Le réalisateur est tout d’abord méfiant à son égard et exige qu’il tourne les plans de seconde équipe à proximité de la sienne, ce qui n’est jamais très pratique et amène souvent les deux groupes à se marcher sur les pieds les uns des autres. Glen doit pourtant procéder de cette façon la première semaine.

Le plan où Hardy Kruger tire sur un des gardes du camp avec une arbalète lui pose problème. En effet, comment ne pas perdre de vue la flèche et s’assurer une bonne mise au point ? John Glen décide d’utiliser une caméra à grande vitesse (entre 72 et 120 images par seconde) et de zoomer en arrière (jusqu’à un focus pré-établi). Quelques jours plus tard, le retour des rushes du laboratoire lui procure un grand soulagement : deux prises sont totalement réussies. « Andrew a regardé les rushes avec nous et à partir de là, je pense qu’il a compris qu’il avait besoin de moi. »

John Glen est ensuite chargé de filmer le saut en parachute des cinquante mercenaires. Euan Lloyd le prévient : il doit réussir du premier coup. Il embarque avec son cadreur Dudley Lovell à bord d’un Cessna, qui se met en position près du transporteur C130. Un autre caméraman, qui se trouve à bord de ce dernier, doit les avertir du saut par radio. Mais Glen se méfie et lui demande de jeter un journal. Bien lui en en prend car la liaison radio ne fonctionne pas. Filmant à 72 images par seconde, Lovell parvient de justesse à éviter l’aile du Cessna et obtient un plan magnifique.

Les cascades physiques (bagarres, chutes, etc.) sont réglées par Bob Simmons. Véritable légende de la cascade en Grande-Bretagne, il est devenu célèbre en travaillant sur les James Bond (c’est même lui qui personnifie 007 dans les plans d’ouverture à travers le canon des trois premiers films). « Avant que Bob n’impose son style, les cascadeurs n’étaient souvent que des figurants améliorés » affirme son collègue Richard Graydon. Avec Simmons, les combattants sautent, roulent sur eux-mêmes, détruisent le décor, utilisent tous les accessoires présents, etc. Sur « Les Oies Sauvages », il double notamment Richard Burton lorsqu’il doit porter Winston Ntshona (Limbani) –car sa santé ne le lui permet pas- et apparaît brièvement à la fin du film dans le rôle du pilote du Dakota, rapidement assommé.

Retour en studio

En novembre 1977, l’équipe rentre à Londres pour tourner (en studio et en extérieurs) le reste du film. Le scénario prévoit que Faulkner se rende seul à la fin de l’histoire chez Matherson pour le tuer. Mais Richard Burton insiste pour que Roger Moore apparaisse lui aussi, étant donné son statut de superstar. Fynn va ainsi attendre Faulkner dans la voiture et échanger deux répliques avec lui.

Le travail de postproduction peut ensuite commencer. John Glen se met à sa table de montage tandis que Maurice Binder conçoit le générique. C’est à lui que l’on doit ceux des James Bond (ainsi que ceux de « Charade », « Repulsion », « La Bataille d’Angleterre », « Le Dernier Empereur », etc.). On en retrouve d’ailleurs le style dans « Les Oies Sauvages », la carte de l’Afrique se superposant à des images d’émeutes et de soleil couchant (on remarque aussi le portrait de Moïse Tschombé, le séparatiste katangais qui a inspiré le personnage de Limbani).

Satisfait par son travail sur « Catlow » et « Paper Tiger », Euan Lloyd engage Roy Budd (« Get Carter », « Marseille Contrat », etc.) pour composer la musique du film. Il lui demande une chose précise : utiliser le Nocturne du Quatuor à Cordes n°2 en ré majeur d’Aleksandr Borodine pour le thème de Rafer Janders. Budd arrange le morceau et l’intègre parfaitement dans les scènes où Janders est avec son jeune fils. Quant à la chanson du générique (« Flight of the Wild Geese »), elle a été écrite, composée et interprétée par Joan Armatrading, première chanteuse noire à s’être hissée dans les charts anglais.






Atterrissage réussi

« Les Oies Sauvages » sort en juillet 1978 en Grande-Bretagne. L’ordre d’apparition des noms au générique ne pose pas de problème, étant entendu que Richard Burton arrive incontestablement en première position. L’énorme popularité apportée par James Bond conduit Roger Moore à le suivre de près, tandis que Richard Harris et Hardy Kruger ferment le banc. En revanche, l’affiche est une autre paire de manches. « La solution est venue de l’agent de Richard Harris », explique Euan Lloyd, « qui a suggéré que les noms apparaissent en différentes positions de façon ascendante, mais en partant de Burton. »

Le film rencontre un grand succès et pousse Euan Lloyd à produire en 1980 un film du même genre, « Le Commando de sa Majesté ». Il espère réunir à nouveau Roger Moore et Richard Burton, mais ce dernier est finalement remplacé par Gregory Peck. D’autres acteurs et techniciens des « Oies Sauvages » feront partie de l’aventure (Kenneth Griffith, Patrick Allen, Roy Budd, John Glen, Bob Simmons, etc.).

En 1984, pressé par les distributeurs internationaux, Euan Lloyd met en chantier « Les Oies Sauvages 2 », d’après « The Square Circle » de Daniel Carney. Changement d’ambiance, puisqu’un groupe de mercenaires doit faire échapper de sa prison berlinoise le nazi Rudolf Hess. Parmi eux, un certain Allen Faulkner. Richard Burton est le seul à reprendre son rôle mais alors qu’il va débuter le tournage en Allemagne, il meurt en Suisse, le 5 août 1984. Le projet est cependant trop avancé pour être annulé. Edward Fox (« Le Chacal ») remplace alors Burton et Faulkner se prénomme désormais Alex. Mais malgré un casting prestigieux (Scott Glenn, Barbara Carrera, Laurence Olivier, Robert Webber) et la présence du réalisateur Peter Hunt (« Au Service Secret de sa Majesté »), le film peine à égaler l’original et le succès est mitigé. Ce sera le dernier film produit par Euan Lloyd.


[texte écrit à l’origine pour le livret du DVD du film édité chez Opening en 2005]


Sources : « L'Express » (6 novembre 1967), http://www.roger-moore.com/, livret du CD « The Wild Geese » par Geoff Leonard et Pete Walker (Castle Music, 1999), « Double-O-Stunts » de John Cork (MGM, 2000), « For My Eyes Only » de John Glen (Batsford, 2001), « Roger Moore His Films And Career » de Gareth Owen et Oliver Bayan (Robert Hale, 2002).

mardi 18 mars 2008

Deux Super Flics (1977)


« Deux Super Flics » est le dixième film interprété par le duo Terence Hill-Bud Spencer. La recette est désormais rôdée : le petit blond sort le gros barbu de sa torpeur pour l’embarquer dans une aventure rocambolesque et très morale, qui se termine par une bagarre homérique. Du vrai spectacle familial. Ce film marque les retrouvailles du duo avec Enzo Barboni (dit E.B. Clucher). Aux yeux de Bud Spencer lui-même, il est le réalisateur « le plus important car il a découvert le couple. Terence Hill et moi avions déjà tourné trois westerns, mais nous ne formions pas encore un véritable duo. Clucher l’a formé grâce aux Trinita ».

Depuis quatre ans, Barboni a tenté de surfer sur la vague du succès qu’il avait engendré en formant le duo Giuliano Gemma-Bud Spencer dans « Les anges mangent aussi des fayots », puis Gemma-Ricky Bruch dans « Même les anges tirent à droite », mais avec beaucoup moins de bonheur. Avec « Deux Super Flics », il revient aux sources, en quelque sorte, et réalise l’un des meilleurs films de Hill et Spencer.



« On retrouve par moments l’inspiration de la série B des années cinquante », écrit Dominique Rabourdin dans la revue « Cinéma ». « Même décontraction, même efficacité. Les gags et les surprises s’enchaînent, et Terence Hill et Bud Spencer ont un impact certain. » Avec un point de départ qui rappelle « Charlot Policeman » de Chaplin (1917), le film ne souffre d’aucune baisse de rythme et débute ce que l’on pourrait appeler l’âge d’or des deux compères, qui se prolongera ensuite avec « Pair et Impair » et « Cul et Chemise ».

« Deux Super Flics » est le premier film italien à être réalisé en Floride. Par la suite, Terence Hill et Bud Spencer y reviendront fréquemment tourner des films ou des séries télévisées. Au Miami Orange Bowl, Barboni met en scène une joyeuse parodie de football américain dans laquelle les têtes des méchants font office de ballons. La grande bagarre finale dans le bowling, quant à elle, n’a pas été tournée à Miami mais à Milan. En effet, après de longues recherches aux Etats-Unis et en Europe, la production est parvenue à trouver l’établissement idéal, qui soit suffisamment spacieux pour pouvoir y effectuer des mouvements de caméras. Pendant une semaine (en octobre 1976), Enzo Barboni filme les cascades réglées par Giorgio Ubaldi et Riccardo Pizzuti, alors qu’à l’extérieur, se regroupent des centaines de fans !

Durant le tournage, la réalisation de certains gags rencontre quelques petits problèmes techniques. Ainsi, les fausses quilles en polystyrène que Terence Hill lance sur ses adversaires sont trop légères pour rendre la scène crédible. Il faut donc les lester avec de petits morceaux de métal. Le plan où Bud Spencer lance un des hommes comme une boule de bowling nécessite également un réajustement, car le réalisateur n’est pas satisfait du résultat. Le propriétaire du bowling conseille de huiler la rampe et d’accrocher le cascadeur à un fil invisible. La séquence demande beaucoup de préparation mais est mise en boîte en une seule prise. Terence Hill se blesse sans gravité à la tête en sautant sur le comptoir mais est tout de même envoyé à l’hôpital.

Il est étonnant de trouver ici Laura Gemser (qui interprète la jeune Chinoise). Après un rôle de masseuse dans « Emmanuelle 2 », cet ancien mannequin d’origine indonésienne a marché sur les traces de Sylvia Kristel en étant la vedette d’une série « parallèle » (et forcément italienne), qui compte des titres comme « Black Emmanuelle », « Emmanuelle et les Filles de Madame Claude » ou « Les Secrets Erotiques d’Emmanuelle ». Grand second rôle du cinéma italien, Luciano Catenacci s’était fait tabasser par Bud Spencer dans « Amigo !... mon Colt a deux mots à te dire » et avait joué les pirates dans « Le Corsaire Noir ». On le retrouvera dans « Pair et Impair ». Emilio Delle Piane, le majordome, était le méchant Mr Parker dans « On continue à l’appeler Trinita ».

A noter enfin une discrète auto-référence d’Enzo Barboni, puisque l’on entend au snack-bar, où Hill et Spencer discutent avec des motards de la police, la chanson « Angels and Beans » composée par Guido et Maurizio de Angelis pour « Les anges mangent aussi des fayots ».


[sources : « Starfix » n°22, « Cinéma 78 » n°229, www.terencehill.com]

La Panthère Rose (1964)

Lorsqu’il entame La Panthère Rose, Blake Edwards a abordé plusieurs genres, du drame au policier, mais sa prédilection va à la comédie. "Opération Jupons" (1959) et "Diamants sur Canapé" (1961), ses premières tentatives, l’ont convaincu de continuer sur sa lancée. Son coscénariste Maurice Richlin va lui donner l’occasion de se distinguer plus encore. « Il m’a soumis l’idée de cet inspecteur de police français cherchant à arrêter coûte que coûte un célèbre voleur de bijoux qui couchait avec sa femme dans son dos. Comme le concept était bon, on a décidé de l’approfondir. Puis, je suis allé le présenter à Harold Mirisch en disant : « Voici le premier film que j’aimerais faire pour vous. » Harold m’a donné le feu vert. »

Harold Mirisch et ses frères Walter et Marvin ont fondé la compagnie indépendante Mirisch Company en 1957, avec comme but : « Produire des films avec les meilleurs réalisateurs possibles. » Et l’on peut dire que le trio a été à la hauteur de ses ambitions, puisqu’il a permis la réalisation d’œuvres aussi importantes que "Certains l’aiment chaud", "West Side Story", "Les Sept Mercenaires", "La Grande Evasion", "La Garçonnière" ou "Irma La Douce". Les frères Mirisch ne se mêlaient pas de l’aspect artistique (autrement qu’à l’occasion de discussions informelles) et se chargeaient des relations avec le studio (United Artists, en l’occurrence). Les cinéastes pouvaient donc se concentrer sur leurs films sans subir de pression d’aucune sorte. Les Mirisch ont vu en Blake Edwards un nouveau Billy Wilder et lui ont fait toute confiance. Ils ne l’ont jamais regretté.

Casting de luxe…

Le fait de choisir David Niven pour interpréter le voleur Charles Litton alias « Le Fantôme » (« The Phantom ») ne relève pas du hasard mais au contraire d’une volonté de jouer avec ses prestigieux antécédents. Le personnage fait en effet référence à celui que l’acteur avait incarné dans "Raffles Gentleman Cambrioleur" de Sam Wood en 1939. Créé par le romancier Ernest William Hornung en 1899 (six ans avant Arsène Lupin), Raffles est un célèbre joueur de cricket qui, la nuit venue, se transforme en voleur de haut vol. Il redistribue son butin à ceux qui en ont besoin ou le retourne à ses propriétaires, par goût du jeu. Dans le film, Niven laisse toujours sur les lieux de ses méfaits une carte de visite signée du « Cambrioleur amateur » (« The Amateur Craksman »). Le gant marqué d’un P (comme Phantom) dans La Panthère Rose est un clin d’œil évident. « Pour moi, raconte Edwards, Niven était la quintessence du conglomérat de voleurs de bijoux. » Les deux hommes se connaissaient pour avoir travaillé ensemble sur un épisode de la série "Four Stay Playhouse" en 1954.

Après avoir pensé confier le rôle de la princesse Dala à Audrey Hepburn, qu’il avait dirigée dans Diamants sur Canapé, Edwards engage l’Italienne Claudia Cardinale. Sa carrière s’est alors principalement déroulée en Italie ("Le Pigeon", "Rocco et ses Frères", "Le Bel Antonio", "8 ½", "Le Guépard") et "La Panthère Rose" est son premier film américain. Sa rencontre avec le cinéaste est pour le moins étonnante : « En position de yoga, il me regardait, la tête en bas et les pieds en l’air. Ça a brisé la glace. »

L’inspecteur Clouseau est incarné par… Peter Ustinov, l’inoubliable interprète de "Quo Vadis", "Lola Montès" et "Spartacus". Et Simone Clouseau a les traits… d’Ava Gardner, la star de "Mogambo", "La Comtesse aux Pieds Nus" et "Les 55 Jours de Pékin" (avec David Niven). C’est en tout cas ce qui est prévu.

… à haut risque

Le tournage doit avoir entièrement lieu en Italie, aux studios de Cinecittà à Rome et en extérieurs à la station de ski de Cortina D’Ampezzo. Début novembre 1962, toute l’équipe est fin prête pour tourner. C’était compter sans les caprices de star d’Ava Gardner, qui réclame à la production d’être logée dans une villa près de la Via Appia Antica et de disposer d’une secrétaire, d’un coiffeur, d’un chauffeur et d’une limousine 24h/24. Ses exigences sont qualifiées de « demandes excessives » par le porte-parole de la Mirisch Film Company, qui annonce le 5 novembre 1962 son renvoi pur et simple du film et son remplacement par Capucine.

De son vrai nom Germaine Lefebvre, elle a débuté sa carrière comme mannequin dans les années cinquante chez Givenchy. Chaperonnée par l’agent Charles K. Feldman, dont elle partage la vie, elle part à Hollywood donner la réplique à des partenaires aussi prestigieux que John Wayne ("Le Grand Sam") ou William Holden ("Le Lion"). Blake Edwards la rencontre sur le tournage de "La Rue Chaude" d’Edward Dmytryk en 1962. Feldman, qui est aussi son agent, lui a en effet demandé de retourner quelques scènes du film. Le courant est bien passé et Edwards pense tout naturellement à elle pour incarner la femme de Clouseau.

Mais Peter Ustinov n’accepte pas ce changement de partenaire et décide à son tour de quitter le film ! "La Panthère Rose" lui aurait cependant permis de retrouver David Niven qu’il a connu pendant la guerre au service cinématographique de l’armée britannique. Toujours est-il que le tournage doit débuter à Cinecittà et que toute la production est mise en péril par son départ. Les frères Mirisch intentent un procès à Ustinov et lui réclament 175.000 dollars de dédommagement. En attendant ce dénouement judiciaire, une solution artistique doit être trouvée…

Allô, Peter Sellers ?

C’est un agent américain qui suggère le nom de Peter Sellers. Blake Edwards ne l’a vu que dans la comédie de John Boulting "Après moi le déluge" (1960), où il interprétait un ouvrier d’usine. Il le trouve grassouillet et est rebuté par son accent des faubourgs (cockney) un peu trop marqué. Mais on le rassure, cela faisait partie de son personnage. « J’étais vraiment dans l’impasse et j’ai dit : « D’accord, tentons le coup. » »

Peter Sellers, dont la carrière s’est faite jusqu’à présent en Angleterre, goûte avec joie au luxe d’une production américaine. Il téléphone à son ami Graham Stark (qui deviendra un « régulier » de la série des Panthère Rose) pour lui faire part de son effarement : « Ils me paient quatre-vingt mille livres, pour seulement cinq semaines ! » Abasourdis par ce chiffre, les deux amis prennent un crayon pour calculer le montant d’une journée de travail, qui atteint les deux mille six cents Livres. Une somme colossale pour eux à l’époque.

L’acteur anglais se rend donc à Rome et rencontre Blake Edwards à l’aéroport. Ils font connaissance dans la voiture qui les mène à l’hôtel et se trouvent des goûts communs en matière de comédie. Leur premier contact professionnel va faire des étincelles. « Quand nous sommes arrivés sur le plateau, nous avions à tourner la scène d’introduction de l’inspecteur, se souvient le cinéaste. Il disait : « Il faut absolument retrouver cette femme ». En relisant le scénario, je me suis rendu compte que nous n’avions pas placé de comique de situation, mais que si nous devions le faire, il fallait le faire dès la première scène. J’ai remarqué un globe terrestre géant sur le plateau. J’ai suggéré à Peter qu’il le fasse tourner et qu’après avoir dit « Il faut absolument retrouver cette femme », il s’appuie sur le globe, ce qui entraîne sa chute. Les dés étaient jetés. »

Dès lors, Clouseau va se coincer la main dans une choppe à bière, trébucher sur une valise, marcher sur son violon, se faire asperger d’eau, prendre un feu d’artifice pour une bougie, etc. Tout ce que Peter Ustinov n’aurait jamais fait.

Peurs et amertume

Pendant le tournage, Claudia Cardinale est terrorisée. Ses longs dialogues en anglais la mettent mal à l’aise, surtout lors de la scène d’ivresse, pendant laquelle la princesse Dala, étendue sur une peau de tigre, discute avec Charles Lytton. « Nous avons répété une première fois, se souvient-elle. Puis, le metteur en scène m’a dit : « Bien, Claudia, maintenant, pendant que nous préparons les lumières, va te reposer dans la pièce à côté, où tu trouveras un divan… » J’entrai dans cette pièce, où je trouvai un membre de l’équipe, en compagnie d’un petit chien dont je me souviens très bien. Edwards lui avait ordonné de fumer du haschisch, ce qu’il était en train de faire. Bien sûr, je ne me suis rendu compte de rien. A un certain moment, Blake s’est présenté et a vu le petit chien étendu par terre : drogué. Alors seulement, il m’a appelée : « Viens, Claudia, la scène est prête… » Sous l’effet du haschisch, j’ai dit mon texte d’un seul trait : parfaitement. » Ce n’est que trente ans plus tard, sur le tournage du Fils de la Panthère Rose, que Claudia Cardinale apprit la vérité de la bouche d’Edwards !

Alors âgé de trente-deux ans, Robert Wagner a connu quelques succès avec "Prince Vaillant" et "Le Brigand bien-aimé". Mais il est dans le même état d’esprit que sa partenaire. « J’avais très peur. Je me souviens de Peter Sellers me disant : « Mais que fais-tu donc avec tes yeux ? » Je les fermais, parce que la caméra m’effrayait. Et cela se passait longtemps après que j’ai débuté ma carrière d’acteur. » La scène où il se cache dans la baignoire de Capucine n’arrange sans doute rien, puisqu’il se brûle les yeux au contact de la solution chimique contenue dans la mousse !

Pour David Niven, le problème est d’une autre nature. Lorsqu’il signe son contrat pour "La Panthère Rose", il est la vedette incontestable du film. Le scénario est axé sur le cambrioleur Charles Lytton et les tentatives pour l’arrêter. Mais avec l’arrivée de Peter Sellers, Niven comprend que la donne change de main. En effet, avec la bénédiction de Blake Edwards, Clouseau prend peu à peu le pas sur Lytton. « Il ne pouvait que s’asseoir et observer Sellers lui voler le film, parce qu’il savait qu’il ne pouvait rien y faire, raconte Robert Wagner. Il était très réaliste en matière de cinéma, il savait qu’un réalisateur avait toujours le dernier mot et qu’un acteur ne pouvait que faire son travail et conserver une certaine dignité, le reste ne relevant pas de son contrôle. » [Lorsque, quelques années plus tard, David Niven fera une apparition à la cérémonie des Oscars, il refusera la proposition d’Henry Mancini, orchestrateur de la soirée, d’accompagner son entrée avec le thème de "La Panthère Rose", lui préférant celui du "Tour du Monde en 80 jours", beaucoup plus emblématique de sa carrière à son goût…]

Un zèbre dans le moteur

Le clou du film est cette folle poursuite en voitures dans les rues de Rome, entre les différents participants au bal masqué de la princesse Dala. « J’aurais facilement pu traiter [cette scène] en exploitant à loisir le suspense, l’angoisse, explique Edwards, traitement traditionnel d’une scène qui aurait de ce fait ressemblé à mille autres du même genre déjà vues à l’écran. Mais y projeter des personnages déguisés en zèbres la rend irréaliste et lui donne un aspect plus neuf. »

Au centre de cet incessant va-et-vient motorisé, un vieil homme (interprété par l’accessoiriste du grand-père d’Edwards) tente vainement de traverser la place. Blake Edwards avoue avoir emprunté ce gag à "Correspondant 17", film d’espionnage d’Alfred Hitchcock tourné en 1940. En effet, un convoi de voitures à la poursuite des assassins d’un diplomate empêche le paisible habitant d’un village de descendre du trottoir situé devant sa maison. Edwards va bien entendu allonger ce gag et transformer le vieil homme en sage, qui préfère regagner calmement sa chaise pour assister au carambolage final (qui a d’ailleurs lieu hors champ, pour des raisons d’économies).

De même, la scène où Lytton oncle et neveu se retrouvent face à face dans la salle du coffre, persuadés d’évoluer devant un miroir, est une reprise d’un gag célèbre traité par les plus grands : Charles Chaplin ("Charlot chef de rayon"), Max Linder ("Sept ans de malheur") et les Marx Brothers ("La Soupe aux Canards"). Edwards le refait à sa sauce en les déguisant en gorilles. Des références aux "Vacances de M. Hulot" de Jacques Tati parsèment également le film (les pas dans la chambre qui mènent à quelqu’un d’autre, le feu d’artifice déclenché inopinément).

« C’est cette sorte d’humour que j’ai cherché tout au long du film qui veut également qu’à la fin les voleurs restent impunis, raconte le cinéaste. Le public vit ce genre de situations comme irréalistes et de ce fait n’est plus conditionné par les notions de bien et de mal. Peu lui importe dès lors de savoir qui doit prendre et qui est pris. » Au détriment du pauvre inspecteur Clouseau, condamné à cinq ans de prison à la place du « Fantôme »…

Le film sort plus d’un an après la fin du tournage, après même celui de "Quand l’inspecteur s’emmêle". Mais les premières projections, en comité restreint, sont prometteuses. Les craintes de David Niven se confirment : Peter Sellers est la star du film. Graham Stark dira d’ailleurs à son ami, anxieux de connaître son opinion : « Je n’ai jamais vu personne voler un film de cette façon auparavant. »


[texte paru dans mon livre « Pleins feux sur… la Panthère Rose », édité chez Horizon Illimité (Dragoon) en 2005]



[sources : « Les Cahiers du Cinéma » n°166-167, « The New York Times » du 6 novembre 1963 et du 16 juillet 1978, « Télérama » n°2224, « The Other Side of the Moon : the Life of David Niven » de Sheridan Morley (Weidenfeld and Nicholson, 1985), « Remembering Peter Sellers » de Graham Stark (Robson Books, 1990), « Moi, Claudia, toi Claudia », de Claudia Cardinale et Anna Maria Mori (Grasset, 1995), Commentaire audio du DVD de « La Panthère Rose » (MGM)]

Le Clan des Siciliens (1969)


En 1965, Auguste Le Breton inaugure une nouvelle série littéraire après les « Rififi » : « Brigade Anti Gangs ». Le commissaire Legoff y traque les truands parisiens, et notamment Roger Sartet, dit « Mouche de Mai », dit « Le Petit Gros du Vendredi ». Le réalisateur Bernard Borderie décide d’adapter le premier roman à l’écran. Qui sait ? Peut-être pourra-t-il réitérer le miracle des « Lemmy Caution » avec Eddie Constantine. « Brigade Anti Gangs » (avec Robert Hossein en Legoff et Raymond Pellegrin en Sartet) sort en août 1966. Plutôt bien fait, sans être spectaculaire, le film remporte un petit succès et est apprécié par Le Breton, qui considérait jusqu’à présent les adaptations de ses livres (à part « Rififi chez les hommes » de Jules Dassin) bonnes « à jeter par les fenêtres ».

Sa satisfaction est telle qu’il dédie « Le Clan des Siciliens », deuxième titre de la série, « à Bernard Borderie et Francis Cosne, réalisateur et producteur du premier BRIGADE-ANTI-GANGS. » Les apparitions de Legoff et Sartet font même l’objet de notes de bas de page indiquant qui les interprétait au cinéma. Pourtant, les droits cinématographiques ne sont pas achetés par Borderie et Cosne mais par Henri Verneuil, qui flaire là une bonne histoire et la possibilité de la faire jouer par de grands acteurs.

Il s’associe avec Jacques-Eric Strauss et signe un accord de coproduction avec la Twentieth Century Fox. Le Breton s’étant engagé par contrat à vendre les droits de son roman mais à ne pas participer à son adaptation, Verneuil commence l’écriture du scénario en 1968 avec Pierre Pelegri (qui a récemment travaillé avec Robert Enrico sur « Les Aventuriers » et « Ho ! »). Mais les deux hommes butent sur un élément : dans le roman, la famille Manalese cache ses activités criminelles derrière une épicerie fine de produits italiens. Or, ce « clan » va détourner un Boeing et visuellement, l’écart semble improbable.

Sur l’avis de son agent, Verneuil demande de l’aide à José Giovanni. Cet ancien condamné à mort gracié est devenu romancier à succès et le cinéma s’intéresse beaucoup à lui. Depuis huit ans, il participe aux adaptations de ses livres, qui comptent des réussites comme « Le Trou », « Classe tous risques », « Un nommé La Rocca », « Les Grandes Gueules » ou « Le Deuxième Souffle » ; il s’est aussi essayé à la réalisation avec « La Loi du survivant » et « Le Rapace ».

Giovanni réfléchit et plonge dans ses souvenirs de truand. L’image de Fernand le Sonneur, placeur de machines à sous truquées dont il relevait les compteurs, lui revient en tête. Cette activité d’« entreprise de jeux », qui aurait pignon sur rue, pourrait convenir aux Manalese. « De l’autorité et du muscle » ajoute-t-il. Verneuil accepte l’idée et propose à Giovanni de le rejoindre sur l’écriture du scénario. Lorsque Pelegri tombe malade, ils continuent le travail en duo.

« Avec Verneuil, nous arrivons assez vite à un premier jet. Un grand metteur en scène sait alors qu’il faut grimper d’un étage et même de plusieurs. Ce qui aide le scénariste à se surpasser. Verneuil pense qu’après avoir réuni tous les éléments du braquage flamboyant, le clan devrait frôler l’échec. Un truc à une seconde près. Du même coup, le rôle du flic s’en trouverait renforcé. »


À ce stade, le casting n’est pas encore établi. Le trio Gabin-Ventura-Delon n’a pas servi de base, de « locomotive » au projet. En bon conteur, Henri Verneuil sait que l’histoire prime avant toute chose. Il sait aussi que des stars ne s’engageront que sur un projet solide et non sur la simple idée d’une « association ».

« Les droits du roman étaient achetés et le scénario en cours de fabrication avant l’engagement des acteurs, rappelle Verneuil à l’époque. Il y a eu cinq mois de travail sur l’adaptation. Tout d’abord se sont imposés les personnages de Jean Gabin et Alain Delon, mon tandem de « Mélodie en sous-sol ». Ils jouent deux truands de qualité, mais de génération différente. L’un, Gabin, est un chef de clan, réfléchi, pénétré de tradition. L’autre, Delon, est plus jeune, plus dynamique, moins sentimental. Nous nous sommes ensuite aperçus que le personnage du commissaire de police qui les poursuit prenait une dimension intéressante et méritait un troisième grand comédien. C’est alors que nous nous sommes adressés à Lino Ventura. »

Pour l’ancien catcheur, ce film est celui des retrouvailles. C’est à Jean Gabin qu’il doit ses débuts au cinéma, « Touchez pas au grisbi » en 1954. Ils se sont ensuite donnés la réplique dans plusieurs séries noires avant que le « Vieux » ne suggère à Bernard Borderie de lui donner le rôle du Gorille, lui permettant ainsi d’accéder au vedettariat. Devenus de très grands amis, Gabin et Ventura ne se sont donc jamais perdus de vue mais n’ont plus joué ensemble depuis « Maigret tend un piège » en 1958. « Le Clan des Siciliens » est aussi pour Ventura l’occasion de retrouver Henri Verneuil (après « Les lions sont lâchés » et « Cent mille dollars au soleil ») et Alain Delon (trois ans après « Les Aventuriers »).

Les réputations d’intransigeance et d’exigence des trois acteurs, tout autant que leur poids dans le cinéma, laissent alors à penser à la presse que le tournage va se faire sous pression. Mais Verneuil les connaît bien, il a tourné avec chacun d’eux, parfois même à plusieurs reprises. « Quand je retrouve les trois sur un plateau, il y a une grande et affectueuse amitié et ça arrange beaucoup les choses. » Le plus ironique dans l’histoire est que le scénario, une fois terminé, satisfait le trio mais pas la vedette féminine prévue, Irina Demick. Un mécontentement qui pourrait bien mettre le film en péril…

« Elle s’est plainte à notre producteur de l’étroitesse de son rôle par rapport au roman d’Auguste, dans lequel elle participerait au détournement du Boeing, se souvient José Giovanni. Avec Verneuil, nous avions eu peur que les images rendent peu crédible Irina, un flingue à la main, entre Gabin et Delon. Darryl Zanuck (le président de la Fox), furieux, nous renvoyait à un accord avec elle. Irina contente, le film existerait. Pas contente, plus de film. Nul besoin d’une cartomancienne pour deviner les sources du pouvoir d’Irina sur ce magnat de la production. Il s’agissait de la rassurer sans handicaper la séquence. Il me suffit de lui créer le rôle d’une fausse hôtesse de l’air qui s’oppose à certains déplacements des passagers, incompatibles avec l’action du détournement. Irina est enchantée et donne le feu vert. Nous aurions pu y penser avant. »

Le tournage du « Clan des Siciliens » peut donc commencer. Le 1er mars 1969, Henri Verneuil est à New York pour une séquence qui devra être spectaculaire à l’écran : l’atterrissage de l’avion détourné sur une autoroute américaine. La production a dû convaincre les autorités de fermer à la circulation un tronçon de cinq kilomètres pendant trois jours. « Bien entendu, le Boeing n’a pas atterri sur l’autoroute, mais il a tout de même fallu que je mette une caméra sur un petit avion et que j’atterrisse. C'est-à-dire que la vue subjective, je l’ai tournée avec un avion qui s’approche de l’autoroute et qui atterrit réellement. » On rajoutera en post-production des éléments du DC-8, de façon à finaliser l’illusion. Encore faut-il disposer d’un appareil…

Car, au vu du scénario, aucune compagnie aérienne n’accepte d’en prêter un, de peur d’inspirer d’éventuels gangsters. UTA finit par fléchir, à la condition expresse que le nom de la compagnie ne soit pas cité. Les Manalese vont donc s’en prendre à un avion de la « United Overseas Airlines » (UOA, soit UTA à une lettre près). « Je me suis alors retrouvé dans la peau d’un PDG qui monte une société, se souvient Henri Verneuil. Nous avons dessiné des costumes pour les hôtesses, imaginé un style, commandé des bonbons au nom de notre nouvelle compagnie, fait repeindre l’avion. »

À partir du 24 mars, les premières scènes dialoguées se tournent au « Franstudio » de Saint-Maurice. Coproduit par une firme américaine et tourné en partie à Rome (avec quelques acteurs italiens : Amedo Nazzari, Elisa Cegani, Leopoldo Trieste), le film est tourné… en trois langues. En effet, chaque séquence est jouée en français, en anglais et en italien. « Je réalise des films purement français mais qui bénéficient de moyens et d’une ampleur tels qu’ils peuvent intéresser tous les marchés étrangers » explique Verneuil. Un film doublé n’ayant aucune chance aux Etats-Unis, il faut donc le jouer directement dans la langue. La pratique commence à se répandre en cette fin des années soixante. Gérard Oury a ainsi réalisé « Le Cerveau » en anglais et en français, en 1968. Henri Verneuil refera de même avec « Le Casse » en 1971 ainsi que Jean-Pierre Melville avec « Un flic » en 1972.

Dans les décors créés par Jacques Saulnier, Verneuil confie à un journaliste de « Combat » : « Tout le monde s’entend cordialement, ce qui d’ailleurs ne m’étonne pas. Car nous sommes tous des amis. J’ai tourné un film avec Delon, deux avec Ventura, quatre avec Gabin. Ils furent aussi les partenaires les uns des autres, se connaissent et s’estiment. Il ne peut y avoir entre eux d’esprit de compétition. » Un problème va cependant se poser entre Lino Ventura et André Pousse, qui interprète le photographe pourvoyeur de faux passeports pour la famille Manalese. Le flic doit gifler le faussaire, au point de le faire tomber par terre. Ventura est pour que le coup soit « vrai », ce que Pousse refuse, bien évidemment, au vu de la corpulence et de la force de son partenaire. Les deux hommes vont se fâcher, puis Ventura va reconnaître son erreur et tout reviendra dans l’ordre.



Verneuil et Giovanni se sont appliqués à ce qu’un grain de sable vienne gripper la belle « machine à hold-up » mise au point par les truands. « Ici, ce grain de sable, cet impondérable, ce sont les caractères, explique le réalisateur. Si les membres du clan n’étaient pas siciliens, ils se contenteraient des bijoux et passeraient l’éponge sur la blessure infligée à l’honneur conjugal de l’un des leurs. Mais pour des Siciliens, même gangsters, impossible de renoncer à la vengeance. Ainsi, je puis bâtir un film d’action basé sur des comportements psychologiques. » Cette blessure est l’adultère commis par Jeanne Manalese (interprétée par Irina Demick) avec Roger Sartet et découvert par le tout jeune Roberto.

La scène, capitale dans l’histoire, a été une véritable épreuve à tourner pour Verneuil, sans commune mesure avec l’atterrissage du Boeing ! La journaliste Odile Grand raconte cet épisode avec humour dans « L’Aurore » :

« Henri Verneuil, qui est âgé de 49 ans, n’a pas précisément l’air d’une rosière, ni la réputation d’une enfant de Marie, mais ce dont il a eu le plus de mal à se remettre, du tournage du « Clan des Siciliens », c’est de la scène d’érotisme. Enfin, d’érotisme… disons que l’on voit un très beau corps féminin nu, que Delon y est manifestement sensible, qu’il s’approche de la dame, se jette sur elle, et… bon. C’est alors qu’il y a un rocher dans le champ.

Ce rocher, c’est toute une histoire… Dans « Le Clan des Siciliens », il fallait cette scène un peu hardie. C’est le détail démolisseur de machines bien huilées. Et, comme dit Verneuil :

« L’érotisme –au cinéma- n’est pas mon fort. Le hold-up, le suspense, la surprise, je les avais fignolés. Restait la scène sur ma conscience. Je la ferai demain, et puis demain… Un jour, il fallut s’y mettre. Dans les studios de Saint-Maurice, mon décorateur m’en avait fabriqué un sur mesure. Un rocher qui, que… »

Bref, un rocher dont les anfractuosités cachaient, au bon moment, le vif du sujet pendant les répétitions. Puis, l’équipe partit pour Anthéor (Var) tourner le morceau libidineux censé se passer en Sicile (Ndla : en fait, près de Menton). Verneuil s’était attaché à son rocher au point qu’il fallut l’apporter sur place. Sans son gros caillou, il se sentait perdu, en terrain étranger, coupé du monde. C’était, en quelque sorte, sa feuille de vigne morale.
»

Les conséquences de cette scène sur le scénario sont la mort de Sartet et l’arrestation de Manalese par Legoff. Pour Delon, mourir à la fin d’un film est chose courante. Depuis « L’Insoumis » en 1964, il sait que c’est indispensable, « parce que les héros à la guerre ne sont pas vivants. On n’était un héros moderne, un ange du bien ou du mal, que si on mourrait à la fin, sinon on était un charlot. Les scénaristes, en accord avec moi-même, avaient fait que, dans tous mes films, je mourais. » Quant au face-à-face Jean Gabin-Lino Ventura, qui clôt le film, il tire sa force de sa grande sobriété. Une grande émotion semble même se lire sur le visage de Lino. « Se doute-t-il qu’il joue pour la dernière fois avec Jean ? » écrit Odette Ventura. Peut-être bien…

Henri Verneuil sait que le générique n’est pas à prendre à la légère. Le statut de chacun des trois acteurs leur permettrait d’exiger d’apparaître au-dessus des autres. Il s’en ouvre à Delon et Ventura, pour qui il est évident que Gabin passe avant eux. Le nom du « Vieux » se retrouve donc en haut, au-dessus des deux autres placés sur la même ligne. « C’est la première fois où le générique a été aussi facile ! » se félicitait encore Verneuil des années après.

Bercé par une partition magnifiquement dramatique d’Ennio Morricone, « Le Clan des Siciliens » sort le 5 décembre 1969 à Paris. Des premières au profit de l’association créée par Lino Ventura (« Perce-Neige » pour venir en aide aux enfants handicapés) sont organisées à Lille et Marseille, en présence du prestigieux trio. Le film fait plus de 800 000 entrées sur Paris et près de cinq millions sur toute la France.

À un journaliste qui lui demande alors si « c’est l’histoire ou l’affiche qui fait le film », Verneuil répond : « Ni l’une ni l’autre. On a plusieurs fois réuni des noms importants à l’affiche de films qui n’ont pas fait de succès. On a eu de très bonnes histoires sans vedettes qui n’ont pas eu de succès. C’est un ensemble de choses, c’est une grâce, une véritable grâce. Quand le film peut réunir à la fois la bonne histoire et les acteurs qu’il fallait pour l’interpréter, et que le metteur en scène a bien su la raconter, quand tout cela est au rendez-vous, alors c’est le succès. »



[sources : « Stars et Cinéma » n°4, « Combat », 24 avril 1969, « L’Aurore » du 4 décembre 1969, « Le Vrai Papier Journal » n°3, « Inoubliable Lino Ventura » n°1 (Editions Atlas), « Henri Verneuil » de André Halimi (TF1, 1982), Nord Actualités Télé du 16 décembre 1969, « 20h Paris Première » (mai 97), « Lino » de Odette Ventura (Robert Laffont, 1992), « Mes Grandes Gueules » de José Giovanni (Arthème Fayard, 2002).]